La Commission européenne a retenu, lundi 19 octobre, deux projets industriels de Fos-sur-Mer parmi les 77 lauréats du Fonds pour l’innovation : GravitHy, qui veut produire du fer préréduit à l’hydrogène, et H4 Marseille Fos, qui vise du carburant d’aviation de synthèse. Une reconnaissance réelle, mais pas encore un chèque : les deux dossiers sont « invités à préparer une convention de subvention », et aucun montant ne leur a été publiquement attribué.

L’annonce, passée relativement inaperçue dans un territoire encore occupé à pomper l’eau des inondations du 20 octobre, engage une étape de plus dans la mutation de la zone industrialo-portuaire. Elle dit aussi ses limites : à ce stade, l’Europe a désigné des projets jugés crédibles, pas financé des usines.
Ce que l’Europe a exactement décidé
Les deux dossiers relèvent de l’appel IF25 Net-Zero Technologies du Fonds pour l’innovation, le grand guichet européen qui soutient les démonstrateurs de décarbonation. La Commission a annoncé le 19 octobre la sélection de 77 projets dans 23 pays, pour une enveloppe globale de 3,4 milliards d’euros. GravitHy Fos-sur-Mer et H4 Marseille Fos y figurent tous les deux, dans la catégorie des grands projets.
Le statut exact, tel qu’il apparaît dans la liste officielle de la Commission, mérite d’être lu attentivement : « Invited to grant agreement preparation », c’est-à-dire invité à préparer une convention de subvention. La convention n’est donc pas signée. CINEA, l’agence qui gère le programme, situe l’attribution des subventions au premier trimestre 2027. Le dispositif peut couvrir jusqu’à 60 % des coûts éligibles, ce qui ne dit rien du taux retenu pour chacun des deux projets.
Une précision utile pour éviter les confusions qui ont circulé cette semaine : il ne s’agit pas de l’enchère de la Banque européenne de l’hydrogène (dite IF24), dotée de 1,2 milliard d’euros, dont les six lauréats ont signé leurs conventions en janvier 2026 pour 270,6 millions au total. Ni GravitHy ni H4 ne figuraient parmi eux.
GravitHy : 2 millions de tonnes de fer, pas d’acier
C’est le projet le plus avancé du duo, et celui dont les chiffres circulent le plus mal. GravitHy prévoit sur le môle central du port de Marseille-Fos une usine de 2 millions de tonnes par an de fer préréduit (DRI), ensuite briqueté à chaud pour donner du HBI — un produit intermédiaire vendu aux aciéristes, et non de l’acier fini. La nuance n’est pas cosmétique : elle détermine ce que le territoire gagne réellement dans la chaîne de valeur.
Le procédé repose sur l’hydrogène bas carbone produit sur place par électrolyse de l’eau, à la place du charbon ou du gaz, puis sur la réduction directe du minerai. GravitHy annonce jusqu’à 120 000 tonnes d’hydrogène par an et une capacité d’électrolyse de l’ordre de 720 à 750 MW selon les versions publiées du projet. Environ 3 millions de tonnes de pellets de minerai seraient acheminées par mer, puis convoyées depuis le terminal minéralier.
Côté argent, l’investissement industriel est chiffré à 2,2 milliards d’euros — à distinguer de la levée de fonds de 60 millions annoncée en mars 2025, qui finance les études, les autorisations et les recrutements en amont. Les emplois annoncés sont de 500 directs et 3 000 indirects ; le chiffre indirect varie selon les documents et doit être pris comme une estimation. GravitHy a par ailleurs signé en avril 2024 une lettre d’intention avec EDF pour sécuriser une partie de son électricité, et retenu Danieli pour l’unité de réduction directe.
Le calendrier, lui, a glissé. La concertation préalable s’est tenue fin 2023-début 2024 sous l’égide de la CNDP ; la décision finale d’investissement est désormais attendue en 2027, pour une construction en 2028-2030 et une première production de HBI en 2031, selon le calendrier affiché par le porteur. La concertation a laissé une trace concrète : GravitHy a renoncé au briquetage de concentré de minerai importé, pour limiter les envols de poussières, tout en conservant l’importation de pellets. Un classement Seveso seuil bas était envisagé en raison du stockage d’hydrogène, sous réserve de l’évaluation réglementaire.
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H4 Marseille Fos : 75 000 tonnes de carburant d’aviation
Le second projet vise un tout autre marché : le carburant durable d’aviation (e-SAF). H4 Marseille Fos, coentreprise autour de H2V (filiale de Samfi-Invest) et de Hy2gen, avec le Grand Port maritime de Marseille, prévoit une unité capable de produire jusqu’à 75 000 tonnes par an par voie méthanol-vers-kérosène, à partir d’hydrogène bas carbone et de CO2 capté.

L’investissement est annoncé entre 1,5 et 1,6 milliard d’euros, pour 165 emplois directs. Les titres d’occupation signés en février 2026 sécurisent environ 46,6 hectares au môle central. Les porteurs estiment que l’usine éviterait 240 000 tonnes d’équivalent CO2 par an, soit jusqu’à 84 % de moins qu’un kérosène fossile — des performances annoncées, pas mesurées. Le calendrier le plus récent, issu d’un accord d’électricité signé avec EDF en juillet 2026, place la production à partir de 2032, après des annonces antérieures à 2029 ou 2030.
Les débouchés restent, eux, au stade des intentions. L’aéroport Marseille Provence estime que la production pourrait couvrir jusqu’à 35 % de sa consommation de carburant, et VINCI Airports a signé un partenariat d’étude pour Lyon-Saint-Exupéry, Lyon-Bron et Clermont-Ferrand. Aucun contrat d’achat ferme avec une compagnie aérienne nommée n’a été rendu public.
Deux autres lauréats liés à la région
La Région Sud souligne que deux autres projets de son écosystème figurent dans la liste européenne. Calogena, basé à Aix-en-Provence, développe un petit réacteur nucléaire modulaire destiné notamment à un réseau de chaleur dans la Drôme, sous le nom de projet NetZeroHeat. MGH Energy porte L’Ardoise, dans le Gard, pour produire du carburant de synthèse destiné à l’aviation et au maritime : jusqu’à 70 000 tonnes d’e-kérosène et 50 000 tonnes d’e-méthanol par an, pour un investissement annoncé d’environ 1 milliard d’euros et une mise en service visée à partir de 2031. Ni l’un ni l’autre n’est implanté à Fos.
Ce que ça change pour Fos, et ce que ça ne change pas
Pour François de Canson, président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, cette reconnaissance est « une très bonne nouvelle » pour l’industrie, les savoir-faire et les emplois du bassin de Fos-Berre. Elle s’inscrit, dit-il, dans une stratégie de réindustrialisation et de souveraineté : produire en France les matériaux et les carburants dont le pays a besoin, tout en réduisant les émissions.
Au-delà de la déclaration, la sélection européenne ne déclenche aucune autorisation. Les deux projets restent soumis à leurs procédures environnementales, à leurs décisions finales d’investissement et, pour GravitHy, à une convention de subvention qui n’existe pas encore. Aucune réaction publique de la mairie de Fos-sur-Mer, de la Métropole Aix-Marseille-Provence ou des organisations syndicales n’a été rendue publique à ce jour sur cette annonce précise.
Les réserves environnementales, elles, sont antérieures et portent sur le cumul. France Nature Environnement 13 demande une évaluation des effets combinés de tous les projets de la zone — eau, sols, biodiversité, transports, santé des riverains — et ne s’oppose pas par principe à la décarbonation. FNE Provence-Alpes-Côte d’Azur réclame un plan de sobriété hydrique à l’échelle de la zone industrialo-portuaire, en pointant la demande en eau de la sidérurgie et les incertitudes sur les besoins électriques. Le contexte local rend la question sensible : le captage d’eau potable de Fos a été changé en février 2026 après la détection de PFAS, et la nappe de la Crau alimente aussi l’agriculture et l’industrie.
Reste l’essentiel, qui tient en une phrase : deux usines de taille mondiale sont désormais identifiées comme prioritaires pour l’Europe, sur un territoire qui abrite déjà l’une des plus grandes zones industrielles de Méditerranée. La suite se jouera dans les conventions de subvention, les enquêtes publiques et les raccordements électriques — c’est-à-dire loin des communiqués. Pour suivre l’actualité de la commune, voir la rubrique Fos-sur-Mer.
En pratique : les chiffres et le calendrier
- Décision : 19 octobre 2026, Commission européenne, appel IF25 Net-Zero Technologies du Fonds pour l’innovation — 77 projets retenus dans 23 pays, 3,4 milliards d’euros au total.
- Statut des deux projets foséens : invités à préparer une convention de subvention. Attribution des subventions annoncée pour le premier trimestre 2027. Aucun montant individuel publié.
- GravitHy : 2 Mt/an de fer préréduit (HBI), 2,2 Md€, 500 emplois directs annoncés, môle central, décision d’investissement en 2027, première production en 2031.
- H4 Marseille Fos : jusqu’à 75 000 t/an de carburant d’aviation de synthèse, 1,5 à 1,6 Md€, 165 emplois directs, 46,6 hectares au môle central, production à partir de 2032.
- À ne pas confondre : l’enchère hydrogène IF24 (1,2 Md€, six projets, 270,6 M€) est un dispositif distinct, dont les deux projets ne font pas partie.
Sources
Commission européenne, communiqué du 19 octobre 2026 et liste officielle des projets du Fonds pour l’innovation ; CINEA, appels de subventions réguliers ; Région Sud et Maritima, 21 octobre 2026 ; GravitHy, SPPPI PACA et concertation préalable ; Hy2gen, EDF et Aéroport Marseille Provence ; FNE 13 et FNE PACA.
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