Après des décennies d’attente, le dossier de la liaison routière Fos-Salon prend enfin forme. Mais la manière dont ce chantier sera payé vient de connaître un virage inattendu : plutôt qu’un financement entièrement public comme promis au départ, c’est désormais la piste des péages autoroutiers qui se dessine.

Un axe routier à bout de souffle depuis 60 ans
Ça fait maintenant six décennies que la route reliant la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer à l’entrée de l’autoroute A54, à Salon-de-Provence, pose problème. Et pour cause : avec l’essor économique du port de Marseille et de ses zones logistiques (CléSud, Distriport2, ZSP2, Fos 2XL et bientôt Fos 3XL), le trafic n’a fait qu’augmenter sur cet itinéraire.
À cela s’ajoute une croissance démographique soutenue sur les cinq communes concernées — Fos-sur-Mer, Istres, Miramas, Grans et Salon-de-Provence — dont la population pourrait grimper à 190 000 habitants d’ici 2030, contre 116 000 en l’an 2000.
Résultat : la RN569 et la RN568 sont aujourd’hui saturées aux heures de pointe, avec un taux d’accidents mortels supérieur de plus de 50 % à la moyenne nationale. Un chiffre qui parle de lui-même sur l’urgence de la situation.
Le projet en trois tronçons
Face à ce constat, l’État envisage de réaménager environ 25 km de la RN569, en 2×2 voies avec terre-plein central et échangeurs, tout en créant un contournement de Fos-sur-Mer. Facture globale estimée : 566 millions d’euros (hors contournement). C’est la DREAL PACA qui pilotera les travaux pour le compte de l’État.
Le projet se découpe en trois sections :
- Nord : de l’échangeur A54 jusqu’à Grans
- Centre : de Grans au quartier de Rassuen, à Istres
- Sud : de Rassuen jusqu’au giratoire de la Fossette, à Fos-sur-Mer
Le tournant : un financement par péages
Le débat public sur ce projet a démarré en 2019, avec au départ une volonté affichée de financement public, porté par l’État et la Région. En juin 2025, un protocole a bien été signé entre l’État, la Région Sud, le Département des Bouches-du-Rhône, la Métropole Aix-Marseille-Provence et le Grand Port Maritime de Marseille.
Mais un mois après les élections municipales de mars 2026, le comité des élus a validé une autre option : intégrer la liaison Fos-Salon à une future concession autoroutière, dans le cadre du grand renouvellement des concessions françaises prévu pour 2032. Autrement dit, cette route pourrait bien devenir payante, dans un secteur où Vinci Autoroutes est déjà solidement implanté.
Bonne nouvelle tout de même pour les habitants du coin : la portion centrale, entre Miramas et Istres, devrait rester gratuite, faute d’itinéraire alternatif crédible. Ce sont donc les tronçons nord (Salon) et sud (Fos) qui seraient concernés par les péages.
La concertation publique se termine le 15 juillet
La phase actuelle de concertation, qui porte sur le financement et le tracé, court jusqu’au 15 juillet 2026. Après la réunion de Miramas déjà passée, il reste celles d’Istres, de Grans (7 juillet) et de Fos (8 juillet). Un registre numérique permet aussi de donner son avis en ligne.
Ensuite, le calendrier prévoit :
- Fin 2026 : dossier de déclaration d’utilité publique (DUP)
- 2027 : concertation avec les collectivités
- 2029-2030 : mise en concurrence des concessionnaires autoroutiers
- 2031 : désignation du concessionnaire
- 2032 : mise en service, après 4 ans de travaux
Quel tracé pour les entrées de Fos et Salon ?
Côté tracé, plusieurs variantes ont été étudiées fin 2025. Au nord, la solution privilégiée relierait la liaison au diffuseur n°13 de l’A54, en mutualisant les barrières de péage déjà existantes. Au sud, c’est la variante reliant la RN568 via l’échangeur du Ventillon, à Fos-sur-Mer, qui tient la corde.
Combien ça coûterait aux automobilistes ?
C’est évidemment la question qui inquiète le plus. Les hypothèses tarifaires évoquées pour l’instant tournent autour de 12 centimes/km pour les voitures et 36 centimes/km pour les poids lourds, sur les seules portions nord et sud.
Mais si la part de financement privé venait à peser plus lourd, ces tarifs pourraient grimper à 18 c€/km (VL) et 54 c€/km (PL), voire jusqu’à 26 c€/km et 79 c€/km dans les scénarios les plus pessimistes. Sur un trajet complet entre Fos-sur-Mer et Salon-de-Provence, la facture pourrait donc atteindre 2,50 € pour une voiture et 7,58 € pour un poids lourd.
De quoi faire grincer des dents chez les habitants et usagers quotidiens de cet axe, qui voient poindre une nouvelle contrainte financière sur un trajet jusqu’ici gratuit.
Source : mesinfos.fr
