Le paysage de la Basse-Vallée du Rhône et de la Camargue est au centre d’une bataille majeure. Le 13 mai 2026, l’État a officiellement lancé l’instruction de la Déclaration d’Utilité Publique (DUP) pour la création d’une nouvelle ligne aérienne de 400 000 volts reliant Fos-sur-Mer (Feuillane) à Jonquières-Saint-Vincent.
Si pour RTE, ce projet est une nécessité vitale pour l’industrie, pour les collectifs locaux, il s’agit d’un “coup de poignard” porté à un territoire d’exception.

L’argument de la réindustrialisation : La position de RTE
Pour RTE (Réseau de Transport d’Électricité), l’urgence est réelle. Le programme “Fos Berre Provence 2030” vise à accompagner la décarbonation de la zone industrielle. Avec plus de 6 GW de nouvelles demandes de raccordement prévues d’ici 2030 — soit l’équivalent de la consommation actuelle de la zone — le réseau existant, datant des années 70, est jugé saturé.
RTE met en avant une stratégie de limitation de l’empreinte visuelle : pour un nouveau pylône THT installé, trois pylônes de tension inférieure seront supprimés. L’investissement total est estimé à près d’un milliard d’euros pour sécuriser l’alimentation électrique du Sud-Est.
La “Légitime Défense” du Collectif THT13/30
Face à cette décision, le Collectif THT13/30, qui regroupe 36 associations, dénonce un passage en force. Selon eux, le gouvernement privilégie un calendrier politique (les élections présidentielles de 2027) au détriment d’un examen objectif des alternatives.
Les points de friction sont nombreux :
- Le refus de l’enfouissement : Le collectif affirme que la solution enterrée reste techniquement possible et qu’elle n’a jamais été sérieusement écartée par des arguments probants, malgré une expertise de Centrale Supélec pointant les limites de l’approche de RTE.
- Un manque de transparence : Le contenu exact de la demande de DUP n’a pas été rendu public, et les coûts réels des compensations promises restent flous.
- Un mépris du dialogue : La nomination de “tiers-facilitateurs” plutôt que de médiateurs est perçue comme une volonté de faire accepter une décision déjà prise plutôt que de construire un compromis.
Un patrimoine mondial en péril ?
L’inquiétude dépasse le cadre technique. Le projet traverse des zones naturelles sensibles comme la Crau et la Camargue. L’association “Au Fil du Rhône” souligne que le MAB France (programme de l’UNESCO) a alerté le ministère sur les risques pour la réserve de biosphère. Une ligne aérienne pourrait ainsi contrevenir au maintien du label de l’UNESCO pour ce territoire unique.
Le timing de l’annonce, survenue en plein Festival de la Camargue, a été ressenti par les acteurs locaux comme une provocation brutale.
Quelle suite pour la mobilisation ?
Le Collectif THT13/30 a annoncé qu’il ne renoncerait pas et se place désormais en situation de “légitime défense”. Des actions juridiques sont déjà engagées contre l’État et RTE. Le collectif prévoit également de :
- Renforcer les actions militantes avec le soutien des élus et du monde agricole.
- Médiatiser le “saccage” à venir des paysages au niveau international.
- Maintenir la pression pour obtenir la solution alternative de l’enfouissement.
La transition énergétique de la zone de Fos, que tous s’accordent à juger nécessaire, semble aujourd’hui se heurter frontalement à la protection d’un patrimoine naturel et à la volonté des habitants d’être réellement entendus.

source image : https://www.rte-france.com/projets/nos-projets/programme-electrification-fos-berre-provence-2030#Leprogramme
