Vendredi 6 novembre 2026, aucun mouvement de navire n’a été possible sur l’ensemble du Grand Port Maritime de Marseille. À l’appel des syndicats, les remorqueurs des bassins Est, à Marseille, et Ouest, à Fos-sur-Mer et sur l’étang de Berre, étaient en grève totale. Les huit remorqueurs de la société Boluda sont restés à quai à Fos-Cavaou.
Le motif du conflit dépasse le cadre local : il porte sur une remise en cause, par la Commission européenne, du statut des marins et du pavillon français. Le 1er octobre 2026, Bruxelles a adressé à la France un avis motivé lui demandant de cesser d’attribuer systématiquement les opérations de remorquage portuaire à des opérateurs battant pavillon français.

L’essentiel en trois points
- Qui : les équipages des remorqueurs des bassins Est et Ouest du Grand Port Maritime de Marseille, dont les huit bateaux de Boluda basés à Fos.
- Pourquoi : un avis motivé de la Commission européenne du 1er octobre 2026, qui conteste la réservation des opérations de remorquage aux navires sous pavillon français.
- Conséquence : vendredi, aucun navire nécessitant un remorquage n’a pu entrer ou sortir du port, selon les grévistes.
Un port à l’arrêt, une filière sous tension
Le remorquage portuaire n’est pas un service accessoire. Sans remorqueur, un porte-conteneurs, un pétrolier ou un vraquier ne peut ni accoster ni appareiller en sécurité dans les bassins de Fos. Les équipages décrivent leur métier comme « un maillon essentiel de la sécurité maritime et de l’action de l’État en mer ».
La grève a donc mis à l’arrêt les mouvements de navires sur un ensemble portuaire qui compte parmi les premiers de Méditerranée, avec les terminaux industriels et pétroliers du golfe de Fos et les bassins marseillais. Les conséquences se mesurent en heures de retard pour les navires en attente au large, puis en jours pour les chaînes logistiques qui dépendent de leurs cargaisons.
Ce que reproche Bruxelles à la France
L’avis motivé notifié le 1er octobre reproche à la France d’attribuer de façon systématique les opérations de remorquage à des opérateurs sous pavillon national. Pour la Commission, cette pratique restreint la libre prestation de services au sein de l’Union européenne.
Les organisations syndicales y voient au contraire une forme de dumping social : l’ouverture du marché à des navires sous pavillon de complaisance permettrait de faire travailler des équipages moins payés, moins formés et soumis à des règles sociales plus souples, dans des eaux où la manœuvre exige une connaissance fine des installations.
Un délégué syndical FO résumait la position des grévistes dans les colonnes de nos confrères : « Si on passe sur un pavillon de complaisance, les compétences seront nivelées par le bas. » Le syndicat demande à l’État de « défendre son modèle » et de garantir le pavillon français.
Deux mois pour répondre
La procédure européenne laisse à la France un délai de deux mois pour répondre à l’avis motivé, avant un éventuel passage devant la Cour de justice de l’Union européenne. C’est dans cette fenêtre que se joue, selon les syndicats, l’avenir du remorquage portuaire français.
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Le dossier s’inscrit dans une séquence sociale chargée dans la région : la même semaine, une journée de mobilisation interprofessionnelle a réuni plusieurs milliers de personnes à Marseille, et des blocages lycéens ont touché plusieurs établissements des Bouches-du-Rhône.
Pourquoi Fos est directement concerné
Le golfe de Fos concentre les terminaux qui alimentent une bonne partie de l’industrie régionale : sidérurgie, raffinage, chimie, logistique conteneurs. Chaque escale y repose sur une chaîne de services portuaires où le remorquage intervient en premier et en dernier.
Pour les salariés du port et les entreprises qui en dépendent, la question du pavillon n’est donc pas une affaire de symbole : elle détermine qui manoeuvre les navires dans des bassins où circulent des matières dangereuses, et dans quelles conditions sociales ces équipages travaillent.
Et maintenant ?
Le mouvement de vendredi 6 novembre s’inscrivait dans une grève nationale des remorqueurs. Sa reconduction éventuelle dépendra des engagements obtenus auprès du gouvernement, qui doit répondre à Bruxelles dans les deux mois. Le Gabian suivra les suites du dossier, notamment pour les conséquences sur l’activité des terminaux du golfe de Fos.
Questions fréquentes
Quels navires étaient concernés par la grève ?
Les remorqueurs portuaires des bassins Est (Marseille) et Ouest (Fos-sur-Mer, étang de Berre) du Grand Port Maritime de Marseille, dont les huit bateaux de la société Boluda basés à Fos.
Le port était-il totalement fermé ?
Les grévistes indiquaient qu’aucun navire nécessitant du remorquage n’entrait ou ne sortait du port ce vendredi. Le remorquage conditionne l’accostage et l’appareillage des grands navires.
Quelle est l’origine du conflit ?
Un avis motivé de la Commission européenne notifié à la France le 1er octobre 2026, qui conteste l’attribution systématique des opérations de remorquage à des opérateurs sous pavillon français. La France dispose de deux mois pour répondre.
Sources
- La Provence, « Grève des remorqueurs : huit bateaux du port Marseille-Fos immobilisés », 6 novembre 2026.
- Maritima, « Grève des remorqueurs à Marseille-Fos : si on passe sur un pavillon de complaisance, les compétences seront nivelées par le bas », 6 novembre 2026.
- La Provence, « Les remorqueurs de Marseille-Fos restent à quai ce vendredi 6 novembre », 6 novembre 2026.
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