Le projet industriel de Suez à Istres, baptisé officiellement « Istres Recyclage et Énergies », traverse une zone de fortes turbulences. Depuis le début de l’enquête publique le 13 avril 2026, la mobilisation citoyenne et politique ne cesse de croître. Entre accusations de dissimulation et craintes sanitaires majeures, voici tout ce qu’il faut savoir sur la polémique entourant le futur incinérateur d’Istres porté par Suez.
Un projet de “chaufferie CSR” requalifié en incinérateur
Au cœur de la discorde se trouve une question de vocabulaire qui passe mal auprès des riverains. Suez présente le site comme une « chaufferie CSR » (Combustibles Solides de Récupération), mettant en avant la valorisation énergétique.
Cependant, les documents révélés par Marsactu et les conclusions de l’Autorité environnementale sont sans appel : le projet est bel et bien un incinérateur. Pour les opposants et la mairie d’Istres, ce glissement sémantique est une manœuvre pour masquer la réalité d’une usine qui brûlera des déchets à grande échelle.
Pourquoi l’opposition à l’incinérateur d’Istres explose-t-elle ?
La colère des Istréens, largement exprimée sur le registre dématérialisé de l’enquête publique, repose sur plusieurs piliers critiques :
- L’absence de concertation : Le projet aurait été tenu secret et révélé seulement après les élections, un « passage en force » jugé inacceptable par la municipalité.
- L’origine des déchets : Bien que situé à Istres, le site traiterait jusqu’à 200 000 tonnes de déchets par an provenant de toute la Métropole.
- La saturation du territoire : Istres accueille déjà 70 % des déchets du département via divers centres de stockage ou d’incinération. Les habitants refusent que leur ville devienne la « poubelle de la région ».
Risques sanitaires et environnementaux : Les points d’alerte
L’implantation de cet incinérateur Suez à Istres soulève des inquiétudes légitimes concernant la santé publique et la préservation de la biodiversité locale.
Pollution de l’air et des sols
Le processus d’incinération est associé à l’émission de substances toxiques : dioxines, métaux lourds et particules fines. Ces polluants menacent directement la qualité de l’air respiré par les familles istréennes et pourraient contaminer durablement les sols environnants.
Menace sur la nappe de la Crau
L’un des arguments les plus alarmants concerne la nappe de la Crau, une ressource en eau stratégique pour la région. Les opposants craignent qu’une telle installation industrielle ne présente un risque de contamination irréversible pour cette réserve souterraine.
Nuisances quotidiennes et trafic routier
Le projet prévoit une augmentation massive du trafic avec environ 50 camions supplémentaires par jour. Ce flux engendrera des nuisances sonores, des odeurs et une insécurité routière accrue, dégradant l’image et l’attractivité du territoire.
Comment participer à l’enquête publique et se mobiliser ?
La ville d’Istres appelle à une mobilisation générale pour faire barrage au projet. Voici les rendez-vous clés pour les citoyens :
- Donner son avis en ligne : Un registre dématérialisé est ouvert pour recueillir les observations des habitants (https://www.registre-dematerialise.fr/7214/).
- Réunion d’information : Une grande rencontre publique est organisée le mercredi 29 avril à 18h à l’auditorium de l’hôtel de ville d’Istres.
Un projet monumental aux chiffres vertigineux
Les documents issus de l’enquête publique, ouverte jusqu’au 18 mai 2026, révèlent l’ampleur réelle de l’installation. Le complexe « Istres Recyclage et Énergies » ne se limite pas à une simple unité de chauffage. Il prévoit :
- Un centre de tri et une plateforme de préparation de déchets.
- Une unité de méthanisation pour les biodéchets.
- Une unité de valorisation énergétique dédiée aux CSR (Combustibles Solides de Récupération).
Les volumes annoncés donnent le vertige : Suez prévoit de traiter jusqu’à 329 000 tonnes de déchets par an sur le site istréen. Sur ce total, environ 200 000 tonnes seraient brûlées pour produire de l’énergie. À titre de comparaison, l’incinérateur voisin de Fos-sur-Mer traite actuellement 380 000 tonnes.
“La capitale des poubelles des autres” : La colère du maire Robin Prétot
Le maire d’Istres, Robin Prétot, ne décolère pas face à ce qu’il qualifie de « passage en force ». L’édile a découvert dans la presse que Suez avait déposé des permis de construire dès mars 2023, sans en informer la municipalité actuelle.
Dans un réquisitoire intitulé « La capitale des poubelles des autres », le maire dénonce l’importation massive de déchets extérieurs. En plus des résidus métropolitains, l’unité de méthanisation pourrait recevoir des biodéchets provenant d’autres départements, voire de Corse ou d’Italie. Pour les autorités locales, le constat est amer : alors qu’Istres accueille déjà 70 % des déchets du département, ce nouveau projet sature définitivement le territoire.
Conclusion : Un avenir incertain pour le projet de Suez
Le bras de fer entre le géant Suez et les forces vives d’Istres ne fait que commencer. Entre la nécessité métropolitaine de traiter les déchets et le droit des habitants à un environnement sain, le dénouement de l’enquête publique sera un signal fort pour l’avenir industriel du département. La ville reste ferme sur sa position : « Notre santé n’est pas négociable ».
