Particules fines à Fos-sur-Mer : sur la plage du Cavaou comme dans les quartiers résidentiels, l’air que respirent les riverains du golfe de Fos contient des niveaux de pollution qui dépassent régulièrement les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). C’est le constat d’une étude de l’association Respire, menée au printemps 2025, qui pointe l’industrie sidérurgique voisine et relance la question sanitaire pour tout le territoire — Port-Saint-Louis-du-Rhône comprise.
La pollution mesurée là où l’on vit
Menées en avril et juin 2025, les mesures de Respire, association pour l’amélioration de la qualité de l’air, ont été effectuées dans une dizaine de lieux du quotidien aux abords des sites d’ArcelorMittal : plages, parcs pour enfants, zones résidentielles. Résultat : à Fos-sur-Mer, dans sept cas sur huit, les valeurs de pollution aux particules fines dépassent les seuils journaliers recommandés par l’OMS, avec des concentrations parfois deux fois supérieures aux seuils, comme sur la plage du Cavaou.
Surtout, l’étude révèle une présence massive de particules ultrafines (PM1) à proximité immédiate de l’aciérie. Trop petites pour être détectées par les dispositifs de surveillance réglementaires actuels, elles échappent aux radars officiels malgré des épisodes brefs mais répétés que les riverains disent subir au quotidien.
Pourquoi ces poussières invisibles inquiètent
La toxicité des particules fines tient d’abord à leur taille : plus elles sont fines, plus elles pénètrent en profondeur dans les poumons, jusque dans la circulation sanguine, irriguant d’autres organes. Les effets documentés vont des maladies respiratoires chroniques et cardiovasculaires aux cancers, en passant par le diabète et des troubles du développement.
« Enfin, on démontre que l’industrie sidérurgique n’est pas qu’un sujet de gaz à effet de serre, mais qu’il est aussi question de santé publique. À Fos-sur-Mer, les conséquences sanitaires sont concrètes : deux fois plus de cancers et de diabète qu’ailleurs en France, des maladies chroniques et des vies perdues. »
Isabelle Imhof, chargée de mission pour l’association Respire
Et Port-Saint-Louis-du-Rhône dans tout ça ?
La question nous concerne directement. Dès 2017, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) établissait que les habitants de Fos-sur-Mer et de Port-Saint-Louis-du-Rhône, du fait de leur localisation au bord de la zone industrialo-portuaire, souffraient davantage d’asthme, de diabète ou de cancer que la moyenne de la population française.
La plage du Cavaou, où l’une des mesures les plus préoccupantes a été relevée, est un lieu de baignade et de promenade fréquenté bien au-delà de Fos. Et le vent, lui, ne connaît pas les limites communales : ce qui se dégage du bassin industriel peut se retrouver sur les berges du Rhône comme dans les rues de PSL. Le dialogue avec les acteurs du territoire s’organise progressivement — le port de Marseille-Fos a par exemple ouvert une nouvelle phase de dialogue avec les habitants — mais la vigilance sur les émissions réelles reste de mise.
Des pics de pollution qui échappent aux radars officiels
Point noir soulevé par l’étude : les particules fines, et a fortiori les ultrafines, ne sont toujours pas prises en compte dans les dispositifs de surveillance réglementaires. Les épisodes de pollution intenses, brefs mais répétés que constatent les riverains passent ainsi entre les mailles des réseaux de mesure.
Daniel Moutet, président de l’association de Défense et protection du littoral du golfe de Fos (ADPLGF), dénonce « le lissage des rendus faits par AtmoSud », l’observatoire chargé des relevés de la qualité de l’air qui, selon lui, « gomme les pics de pollutions dans ses calculs de données ».
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« On ne veut pas faire fermer les industries, on veut qu’elles restent, mais qu’elles arrêtent de polluer ! »
Daniel Moutet, président de l’ADPLGF
La justice s’en mêle
En 2024, un collectif d’habitants de Fos-sur-Mer a porté plainte contre des industriels pour « troubles anormaux du voisinage ». En mars 2025, ArcelorMittal a été mise en examen pour des chefs incluant notamment la mise en danger de la vie d’autrui, le faux et des atteintes à l’environnement, et placée sous contrôle judiciaire, avec un dépôt de garantie de 250 000 euros et une caution bancaire de 1,75 million d’euros.
Le groupe conteste frontalement les accusations : il affirme « avoir toujours été transparent » avec les autorités, assure qu’il n’y a eu « aucune falsification de données » et met en avant plus de 735 millions d’euros investis depuis 2014 pour moderniser le site, avec, selon lui, une réduction de 70 % de ses émissions atmosphériques par rapport à 2002. L’entreprise rappelle aussi que la présomption d’innocence s’applique et que la procédure est toujours en cours. Pour les associations, l’étude de Respire tombe à point nommé pour nourrir les procédures engagées.
Un site industriel qui repart de l’avant
Le contexte 2026 donne à ce dossier une actualité particulière. Après un incendie survenu en octobre 2025, l’aciérie a redémarré un premier haut fourneau mi-décembre. Le groupe prépare désormais le retour du second haut fourneau, à l’arrêt depuis 2023, annoncé pour le premier semestre 2026 : le site retrouverait sa pleine capacité de production, estimée à environ 4 à 5 millions de tonnes de fonte par an. Pour les riverains, une question se pose : davantage d’activité, mais avec quelles émissions à la clé ?
Ce que Respire demande
L’association appelle à trois choses : renforcer la surveillance réglementaire autour des sites sidérurgiques, intégrer les particules ultrafines dans les normes, et engager une décarbonation réelle de la filière. En attendant, en cas d’épisode de pollution, les indices de qualité de l’air publiés par AtmoSud restent le repère le plus simple pour adapter ses activités extérieures, même si les associations estiment que les pics brefs y sont sous-estimés.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que les particules fines PM2,5 et PM1 ?
Des poussières microscopiques émises notamment par l’industrie et le trafic routier. Les PM2,5 mesurent moins de 2,5 microns, les PM1 moins d’un micron : plus elles sont petites, plus elles pénètrent profondément dans l’organisme, jusqu’au sang.
Port-Saint-Louis-du-Rhône est-elle concernée par la pollution de Fos ?
Oui. Dès 2017, l’Anses a identifié les habitants de Port-Saint-Louis-du-Rhône et de Fos-sur-Mer comme plus exposés que la moyenne nationale (asthme, diabète, cancers), en raison de la proximité de la zone industrialo-portuaire.
Où suivre la qualité de l’air près de chez soi ?
Sur le site d’AtmoSud, l’observatoire agréé pour la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui publie indices et alertes — tout en étant critiqué pour la manière dont il lisse les pics de pollution.
Sources — à vérifier avant publication
Section à supprimer avant mise en ligne. Article de fond : chaque fait est daté dans le texte (étude Respire mesurée avril-juin 2025, publiée le 18/09/2025). Aucun chiffre en µg/m³ n’a été repris, les sources ne les précisent pas.
- France 3 Provence-Alpes, 18/09/2025 : « Deux fois plus de cancers qu’ailleurs » — niveaux alarmants de particules fines à Fos-sur-Mer
- Marsactu, 18/09/2025 : ArcelorMittal : l’ONG Respire alerte sur des taux records de particules fines
- Eurometal/Fastmarkets, 28/03/2025 : mise en examen, contrôle judiciaire (250 000 € + garantie 1,75 M€) et démenti d’ArcelorMittal
- SteelOrbis, 16/03/2026 : redémarrage du second haut fourneau au 1er semestre 2026, incendie d’octobre 2025
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