Le Rhône est en crue, et cela se lit en chiffres. Ce mardi 20 octobre à 19 h 05, la station de Tarascon, en amont d’Arles, mesurait 4,12 mètres de hauteur d’eau et un débit de 2 981 mètres cubes par seconde. Quatorze heures plus tôt, à 5 h 05, elle indiquait 1,71 mètre. Entre les deux, une journée de montée presque continue, sans à-coup, que l’on peut suivre heure par heure sur notre page Vigie Crue, qui affiche en direct la courbe du fleuve.

L’épisode pluvieux, lui, s’est arrêté. Météo-France a levé la vigilance orange pluie-inondation en fin de matinée, après une nuit qui a noyé l’ouest des Bouches-du-Rhône — plus de 150 mm à Port-Saint-Louis, 220 mm à Martigues, jusqu’à 240 mm à Port-de-Bouc — et coûté la vie à une personne à Saint-Mitre-les-Remparts. Mais l’eau tombée ne disparaît pas parce que la pluie cesse : elle ruisselle, elle rejoint les fossés, les canaux, la Durance, le Rhône, et elle finit sa course ici, dans le delta. C’est cette partie de l’histoire, plus lente, que la page Vigie Crue permet de regarder.
Une page pour regarder le fleuve monter
Vigie Crue n’est pas un bulletin de plus, ni une application à installer : c’est une fenêtre. La page reprend le graphique officiel de Vigicrues pour la station de Tarascon, celui que publie l’État, et le pose sur fond clair, sans compte, sans publicité, sans détour. Deux onglets suffisent : les hauteurs d’eau, en mètres, et les débits, en mètres cubes par seconde. Un sélecteur permet de regarder la dernière journée, les trois derniers jours ou le dernier mois. Plus bas, une liste rappelle les crues qui ont marqué la station : décembre 2003, novembre 2002, novembre 2016.
Le nom n’est pas innocent. Une vigie, c’est celui qui guette, du haut du mât, ce qui arrive et qui n’est pas encore là. Un habitant du delta n’a pas besoin d’un cours d’hydrologie : il a besoin de savoir, en une seconde, si la ligne monte ou si elle descend. C’est tout ce que la page prétend faire, et c’est déjà beaucoup. Elle se consulte depuis un téléphone, sur la digue ou dans une cuisine, et elle ne demande rien : ni inscription, ni notification, ni adresse électronique.
Crue du Rhône : ce que disent les chiffres de ce mardi
La journée se lit comme une pente. À 5 h 05, la station de Tarascon indiquait 1,71 mètre. À 10 h, 2,03 mètres. À 13 h, 2,61 mètres. À 16 h, 3,35 mètres. À 18 h 35, 4,07 mètres. Chaque heure ajoutait quelques centimètres, parfois une dizaine : la courbe s’est redressée au fil de l’après-midi, à mesure que les ruissellements de l’amont arrivaient. Le débit suit la même pente : près de 3 000 mètres cubes par seconde en début de soirée, soit trois millions de litres qui passent sous le pont chaque seconde.
Pour situer, la page rappelle les crues de référence à cette même échelle : 9,39 mètres et 8 300 mètres cubes par seconde en novembre 2016, 10,14 mètres et 9 400 mètres cubes par seconde le 26 novembre 2002, 11,35 mètres et 11 700 mètres cubes par seconde en décembre 2003. Le Rhône de ce mardi reste donc loin de ces hauteurs. Mais une crue n’est pas seulement un niveau, c’est une trajectoire : à 4 mètres et encore en montée, le fleuve n’a pas fini de prendre de l’eau, et personne ne sait encore où la courbe s’aplatira. C’est précisément ce que la page permet de vérifier, plutôt que de le supposer.
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Lire une hauteur sans se tromper
Trois pièges guettent celui qui découvre ces graphiques. Le premier est de croire que 4 mètres, c’est 4 mètres d’eau dans la rue. La hauteur affichée est une cote à l’échelle de la station, mesurée par rapport à un repère fixe du fleuve : le zéro de l’échelle ne correspond pas au fond du lit, et il ne dit rien de la profondeur d’un quartier. Le deuxième est de confondre hauteur et débit : un même débit ne donne pas la même hauteur selon la largeur du lit, l’état des berges et la végétation.
Le troisième piège est d’attendre une prévision là où il n’y en a pas : à Tarascon, Vigicrues n’affiche pas, en ce moment, de prévision de hauteur pour les prochaines vingt-quatre heures. On lit donc la courbe au fur et à mesure, comme on lit un thermomètre.
Il faut aussi se souvenir de la géographie. Entre Tarascon et la mer, le Rhône n’a plus de pente : il se divise, il s’étale, il ralentit. Sa hauteur dépend alors autant de ce qui descend de l’amont que de la mer, du vent et des digues. Un mistral qui souffle contre le fleuve peut retenir l’eau douce ; une mer haute peut l’empêcher de sortir. À Port-Saint-Louis, un Rhône haut complique directement l’évacuation des eaux de pluie, comme on l’a vu cette nuit avec des exutoires saturés. Le niveau du fleuve n’est donc pas seulement une information pour les amateurs de chiffres : c’est une donnée de la vie quotidienne d’une ville construite entre l’eau douce et l’eau salée.
Crue : ce qu’il faut surveiller dans les heures qui viennent
La première question est simple : la courbe se retourne-t-elle ? Tant qu’elle monte, la crue est en cours ; quand elle s’aplatit, le pic est proche ; quand elle descend, la décrue commence — et elle est toujours plus lente que la montée, parce que l’eau doit ressortir des terres basses, des marais et des fossés avant de regagner le lit. La deuxième question est météorologique : les sols sont gorgés, les nappes hautes, les exutoires encombrés. Un nouvel épisode pluvieux, même modeste, ferait repartir la hauteur plus vite que la normale. La troisième est réglementaire : ce sont les arrêtés municipaux et les consignes préfectorales qui disent quelles rues sont fermées, quels établissements restent portes closes.
La vigilance orange de Météo-France concerne la pluie, pas le fleuve : elle a été levée, et c’est une bonne nouvelle, mais elle ne signifie pas que la crue est terminée. Les deux calendriers sont différents. C’est pour cela que la page Vigie Crue a sa place à côté des communiqués : elle ne remplace ni la préfecture ni les mairies : elle montre ce qu’elles doivent anticiper.
Pendant que l’eau monte, quelques consignes
- Ne pas franchir une route inondée, à pied comme en voiture. Trente centimètres d’eau suffisent à emporter un véhicule, et le courant, invisible, fait le reste.
- Ne pas aller voir. Les curieux encombrent les accès et se mettent en danger sur des berges gorgées d’eau.
- Mettre à l’abri ce qui peut l’être dans les caves et les garages, couper l’électricité des pièces inondables, ne jamais rouvrir une plaque d’égout.
- Écouter les mairies : ce sont elles qui ferment les rues, les crèches, les écoles et les accueils, et qui ouvrent les gymnases.
- Appeler le 112 en cas d’urgence vitale, le 18 pour les secours, et ne pas saturer les lignes pour une information.
Pratique
- Vigie Crue, la page du Gabian : legabian.com/vigie-crue — hauteur et débit du Rhône à Tarascon, en direct, sur un jour, trois jours ou trente jours.
- Vigicrues : la station de Tarascon sur le site officiel, avec les crues historiques et les stations voisines.
- Météo-France : la carte de vigilance, actualisée deux fois par jour.
- Préfecture des Bouches-du-Rhône : les communiqués et arrêtés, et les consignes de circulation.
Sources
Hauteurs et débits : services d’observation de Vigicrues, station « Tarascon [DREAL] » (V720001002), relevés du mardi 20 octobre 2026, 5 h 05 à 19 h 05 ; crues historiques de référence de la même station. Précipitations et conséquences de l’épisode : relevés et communiqués cités dans notre article du 20 octobre. Vigilance météorologique : Météo-France. La page Vigie Crue du Gabian reprend le graphique public de Vigicrues sans le modifier.
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