
Deuxième zone industrielle la plus émettrice de CO2 de France après Dunkerque, le complexe industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer inquiète ses industriels et ses élus. En cause, selon eux, la lenteur de la décarbonation du site, à laquelle s’ajoutent l’enjeu de la transition écologique et celui de la réindustrialisation. Dans une dépêche de l’AFP publiée le 9 septembre 2026, les responsables économiques et politiques dénoncent des délais qui s’allongent à l’approche de la présidentielle de 2027.
La ligne très haute tension de RTE, premier verrou
Le principal point de blocage identifié concerne une ligne à très haute tension portée par RTE, destinée à accompagner la hausse attendue des consommations électriques de la zone de Fos et à sécuriser l’alimentation de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, dont le réseau est déjà fortement sollicité.
Le projet retenu prévoit une liaison aérienne traversant les Costières de Nîmes, la Camargue et la plaine de la Crau, avec 145 pylônes de 40 à 60 mètres de hauteur. Une infrastructure contestée par des agriculteurs, des associations écologistes et plusieurs élus, qui pointent les risques pour des espaces naturels protégés et pour l’activité touristique. Une nouvelle mobilisation des opposants est prévue le 19 septembre 2026.
Jean-Luc Chauvin, président de la Chambre de commerce et d’industrie Aix-Marseille Provence, balaie pour sa part le débat sur le tracé : « Moi, ce qui m’intéresse, ce n’est pas par où elle passe, c’est quand elle arrive ! »
« L’État joue la montre. Ce n’est pas acceptable ! »
La décarbonation de Fos concerne d’abord les activités lourdes déjà implantées, notamment la sidérurgie et la pétrochimie. Elle doit aussi accompagner des projets liés à l’hydrogène, aux e-carburants, à l’éolien flottant, aux centres de données et à la mobilité électrique.
Selon RTE, les besoins en électricité de la région doivent doubler d’ici dix ans. Les documents publics associés au débat Fos-Berre Provence indiquent que les besoins de puissance électrique du périmètre Fos-Étang de Berre pourraient augmenter de 4 à 5 GW à l’horizon 2035-2040.
Jean-Christophe Amarantinis, président de l’Union pour les entreprises des Bouches-du-Rhône, reproche à l’État de ne pas transformer les annonces en décisions exécutoires :
« L’État joue la montre. Ce n’est pas acceptable ! »
Il estime que l’absence d’engagement « ferme et irrévocable » pourrait être rattrapée par la séquence présidentielle de 2027.
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Ce que craint le maire de Fos-sur-Mer
Philippe Maurizot, maire divers droite de Fos-sur-Mer, dit accepter le principe de la concertation, mais redoute la prolongation des calendriers :
« La concertation, il en faut, bien sûr. Moi ce que je crains, c’est l’indécision et l’allongement permanent des délais. »
L’élu relie l’arrivée de nouveaux projets industriels à d’autres besoins d’aménagement : dessertes ferroviaires et routières, logement, écoles et équipements hospitaliers. Il estime que l’État attend les investissements privés tandis que les industriels réclament d’abord des infrastructures garanties. Le maire rappelle que la zone industrialo-portuaire de Fos ne dispose toujours pas d’un kilomètre d’autoroute pour sa desserte, alors qu’elle concentre 17 sites Seveso et plus de 80 % de l’activité globale du Grand port maritime de Marseille.
L’abandon du projet Carbon, un signal négatif
Parmi les projets annoncés depuis 2023, la giga-usine photovoltaïque Carbon a été abandonnée en mai 2026, sans lien avec d’éventuels besoins électriques. Le projet prévoyait 1,5 milliard d’euros d’investissement et plus de 3 000 emplois directs à Fos-sur-Mer.
Ce retrait nourrit la réserve du maire face aux annonces industrielles :
« On en a tellement vu des projets qui n’ont jamais abouti… »
Philippe Maurizot dit préférer attendre les réalisations concrètes plutôt que de s’en tenir aux montants d’investissement et aux volumes d’emplois annoncés. Il reproche aussi à l’État, « à tous gouvernements confondus », l’absence de vision industrielle durable depuis plusieurs décennies.
Et maintenant ?
- Le débat public global sur Fos-Berre Provence s’est tenu du 2 avril au 13 juillet 2025, sous l’égide de la Commission nationale du débat public (CNDP).
- La préfecture a lancé fin août 2026 une concertation continue globale sur les projets du territoire et leurs impacts : compensations environnementales, eau, qualité de l’air, mobilités.
- La ligne THT n’entre pas dans ce dispositif : elle doit faire l’objet d’une enquête publique d’ici la fin de l’année 2026, avant une éventuelle déclaration d’utilité publique.
- Une nouvelle mobilisation des opposants à la ligne est annoncée pour le 19 septembre 2026.
L’essentiel à retenir
- Fos-sur-Mer est la 2e zone industrielle la plus émettrice de CO2 de France, après Dunkerque.
- Industriels et élus dénoncent la lenteur de la décarbonation et réclament des infrastructures garanties, à commencer par la ligne très haute tension de RTE (145 pylônes), contestée localement.
- L’abandon du projet Carbon (1,5 Md€ et plus de 3 000 emplois annoncés) en mai 2026 renforce les inquiétudes sur la concrétisation des annonces.
- Une mobilisation des opposants à la ligne THT est prévue le 19 septembre 2026 ; une enquête publique est attendue d’ici la fin de l’année.
Ce dossier s’inscrit dans une actualité déjà dense sur le territoire : relisez notre article sur le bras de fer autour de la ligne THT Fos-Jonquières, notre dossier sur la qualité de l’air à Fos-Berre et notre article sur la nouvelle phase de dialogue du port de Marseille Fos. À lire aussi : la liaison Fos-Salon et l’alerte de l’ONG Respire sur les particules fines.
Source : dépêche AFP « Décarbonation de Fos : L’État joue la montre. Ce n’est pas acceptable ! », 9 septembre 2026, publiée par Connaissance des Énergies.
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