Le débat revient sur le devant de la scène à Fos-sur-Mer. Selon les révélations de La Marseillaise, confirmées par Marsactu ce mardi 13 octobre, la Métropole Aix-Marseille-Provence a lancé une série d’études en vue du renouvellement de la délégation de service public du centre de traitement des déchets de Fos, avec dans le viseur « la conception et la réalisation d’une éventuelle 3e ligne d’incinération ».

Une « éventuelle 3e ligne » dans les cartons
Le dossier est technique, mais l’enjeu est simple : que faire des poubelles des 18 communes de l’ancienne agglomération marseillaise après 2030 ? Le contrat historique de délégation de service public, approuvé en 2005, qui avait abouti à la construction de l’incinérateur, s’achève en effet le 30 novembre 2030. Pour préparer la suite, la Métropole a lancé dès le 5 septembre une assistance à maîtrise d’ouvrage juridique, technique et financière, et le cahier des charges des études évoque bien la « conception et la réalisation d’une éventuelle 3e ligne d’incinération permettant de sécuriser les exutoires métropolitains ».
Installé sur les bassins du Grand Port de Marseille, à Fos-sur-Mer, le centre multifilière — qui trie, méthanise et incinère — est exploité par EveRé, filiale du groupe espagnol Urbaser. Il a traité en 2024 plus de 400 000 tonnes de déchets, dont 356 000 tonnes incinérées sur ses deux lignes actuelles.
Pourquoi l’extension revient sur la table
Dans son cahier des charges, la Métropole s’alarme : « Un déficit de capacité de traitement en maîtrise d’ouvrage publique mais aussi privée est à noter dès 2028 malgré les efforts réalisés en termes de prévention des déchets. »
En cause : des déchets qui diminuent trop lentement — la collecte n’a reculé que de 0,7 % en 2024, uniquement grâce aux déchetteries — un recyclage limité (285 000 tonnes, à peine plus d’un quart du tonnage collecté) et, en attendant, un recours massif à l’enfouissement. La décharge de l’Arbois a déjà été agrandie — 1,4 million de tonnes y sont attendues jusqu’en 2039 — et un marché public a été lancé cet été pour créer deux nouvelles alvéoles au Vallon du Fou, à Martigues. Des solutions dont le coût s’envole à mesure que grimpe la taxe générale sur les activités polluantes.
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Émissions, CO2, déchets économiques : les autres chantiers
L’extension n’est pas le seul volet du futur contrat. La Métropole y ajoute des adaptations « nécessaires à l’atteinte des seuils d’émission atmosphériques les plus bas techniquement possibles », ainsi qu’une ambition de captation et de réutilisation du CO2 — qui pourrait être réemployé sur la zone industrielle ou séquestré en profondeur. Autre piste évoquée : accueillir aussi des déchets d’activités économiques, pour rentabiliser les capacités disponibles.
L’inquiétude du maire de Fos et la vigilance des riverains
À Fos-sur-Mer, le sujet crispe. Dès le conseil municipal du 30 septembre, le maire, Philippe Maurizot, s’inquiétait d’un « bruit qui court » : « L’incinérateur actuel bénéficie encore de foncier à proximité et nous avons des petits signaux faibles qui laisseraient entendre que sa capacité arrive à saturation et que, peut-être, il faudrait réfléchir à son extension », alertait-il, marquant son opposition au projet.
L’histoire locale invite d’ailleurs à la prudence. Depuis les années 2000, l’incinérateur de Fos a connu une longue série d’oppositions : le Front citoyen de résistance du golfe de Fos, qui rassemblait une cinquantaine d’associations, s’était créé en 2006, et une trentaine de recours en justice avaient visé le projet — sans empêcher la mise en service du site en 2010, ni les « bras de fer judiciaires » qui ont suivi. « L’extension de l’incinérateur de Fos apparaît comme la solution la plus opportune. À condition que cette ambition ne soit pas contrariée par la mobilisation des riverains », résume Marsactu.
L’essentiel à retenir
- La Métropole Aix-Marseille-Provence a lancé des études pour une « éventuelle 3e ligne d’incinération » au centre de traitement des déchets de Fos-sur-Mer.
- La délégation de service public actuelle, exploitée par EveRé (groupe Urbaser), s’achève le 30 novembre 2030.
- En 2024, le site a traité plus de 400 000 tonnes de déchets, dont 356 000 incinérées sur ses deux lignes.
- La Métropole évoque un déficit de capacité de traitement dès 2028 et un recours encore important à l’enfouissement.
- Le maire de Fos, Philippe Maurizot, s’oppose à une extension ; les riverains restent mobilisés depuis vingt ans contre le site.
Ce dossier s’inscrit dans un contexte sensible sur le front environnemental du golfe de Fos : relisez notre article sur l’incinérateur d’Istres et son projet de « chaufferie » qui avait fait scandale, notre enquête sur l’agrandissement contesté de l’incinérateur Solamat Merex, et notre article sur les PFAS détectés dans des œufs à Fos-sur-Mer.
Sources : La Marseillaise (« Exclusif — Agrandissement à l’étude pour l’incinérateur de Fos », 13 octobre 2026) et Marsactu (bref du 13 octobre 2026) ; éléments historiques : Wikipédia.
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